DANS L'OMBRE & SOUS LES CARESSES ...

« Gomme-t-on le désir d'un homme par les caresses d'un autre ? (...) J'en connais, hélas, la réponse. C'est non. (...) Il me plaît de penser que j'ai envie de vous réserver mes secrets, d'aller en votre compagnie au bout de ce chemin obscur que je défriche depuis des années sans arriver à en trouver la fin. Peut-être mes désirs sont-ils sans fin. Plus je vous en offre, plus vous en faites naître. »

« Je veux bien jouir avec d'autres, je ne veux m'abandonner qu'avec vous. »

« Mon cavalier avait raison : je ne regrette pas. Je ne regrette que vos absences. Je ne vous suis pas infidèle à cause d'elles, je vous suis infidèle pour entretenir en moi un feu permanent qui me permettra de m'offrir à vous très vite, sans chercher dans ma mémoire des fantômes de sensations le jour où je vous reverrai. Je ne veux pas que vos absences éteignent mon corps, de peur qu'un jour vous n'arriviez plus à le rallumer. »

 

Des désirs et des hommes ~ Françoise Simpère (1)                

 

 

 

ombreJ'ai reçu il y a quelques jours comme commentaire à un article sur mes "autres désirs", les mots suivants :  « la petite musique du bonheur est revenue ». On va dire les trois premières notes, et la troisième est un peu fausse. Car je lis seule, le soir, à nouveau. Je comprends les raisons, mais je suis solitaire.
 

« Je ne veux pas que vos absences éteignent mon corps, de peur qu'un jour vous n'arriviez plus à le rallumer. »

 

Et en lisant ces lignes, j'ai pleuré.

 

C'est reparti pour un petit tour. Etrange manège que celui ci... J'apprends à (re)devenir une inconnue. Un jour, il me recontrera à nouveau, et souhaitera me séduire, éventuellement. Une vie en boucles, pour une renaissance, ou une condamnation, c'est selon les jours. L'ignorance s'est fait un nid à mes côtés, la solitude devient une sorte de compagne. Tout est calme. Trop calme, sans doute. Pas de mots durs... pas de mots doux. Pas de mots. Une cohabitation neutre, par lassitude ?

 

Le désir, lui, reste tapi dans l'ombre, au fond de mon ventre, comme une braise sous les cendres. Il faudrait qu'elle respire, pour ne pas se consumer sans bruit. Terrible paradoxe, inexplicable. Je m'habitue au vide, je n'ai plus d'envies, et pourtant si, j'ai envie, de lui. Il ne vient pas vers moi. Viendra-t-il vers moi ? 

 

Moi aussi, je voudrais "m'abandonner avec lui".
Moi aussi, j'ai envie de lui "réserver mes secrets, d'aller en (sa) compagnie au bout de ce chemin obscur".
Moi non plus, je ne veux pas que "ses absences éteignent mon corps".

 

Je tiens une semaine.
Au bout de sept jours, mes yeux caressent sa peau, se nourrissent des formes de ses cuisses, ses épaules, ses mains... et d
es images s'imposent à mon esprit. Je brûle de le sentir derrière moi, contre mon corps, ancré profondément en moi. J'imagine ses mains posées sur mon ventre, ou qui me tiennent fort, ses doigts dans mes cheveux pour m'attirer à lui. Envie de son goût dans ma bouche, envie de le faire bander. 

 

Je ne veux plus lui dérober des baisers la nuit, fermer les yeux et le respirer comme une voleuse de parfums masculins. Je ne veux pas profiter de son sommeil, de ses rêves, pour poser mon visage contre la peau chaude de son épaule, pour un semblant de câlin, pour inventer ces instants où je flotte dans la douceur, bercée de tendresse, pour m'endormir...

 

°*°

 

Et moi... 

J'ai besoin qu'on me caresse, ma peau a besoin d'être touchée. Faire l'amour deviendrait presque une nécessité. Le matin, le frôlement des draps encore tièdes d'une présence masculine m'est agréable, alors qu'inhumain. Blottie dans l'odeur de celui que j'aime, je me love dans le tissu, me concentrant sur les sensations de mon épiderme, tentant de croire dans mon demi sommeil à des mains présentes pour moi. 

 

Pour la première fois, dans les plaisirs solitaires, j'ai abandonné les sensations purement sexuelles, afin de m'attarder auprès de celles sous ma main libre, se promenant. Ce n'était plus ma peau sous mes doigts, c'est comme si c'était la sienne. Son ventre chaud, pas le mien. Ou comme si c'était une femme, un sein... pas le mien.
Se concentrer sur le sens du toucher, pas la caresse reçue.


Ensuite... Finir avec son odeur sur l'oreiller, soulignant l'absence.

 

°*° 

 

Désirez-moi.

Je dois malgré moi éclabousser le monde de phéromones. J'attire les regards masculins, les sourires, alors que je ne me sens plus désirable. Oui, mon amant "absent" m'enlève ça, aussi, inconsciemment. Que ça lui plaise ou non, son regard et son désir de moi restent les plus  importants à mes yeux. Je pourrais être désirée par dix hommes à la fois, que je m'en foutrais. C'est flatteur, rassurant quelque part, mais c'est son désir à lui, qui me fait rêver.

Lui qui prendra mes tentatives de rapprochement pour des rappels à l'ordre, croira que je veux l'utiliser sexuellement... alors que je tente trop maladroitement de retrouver notre complicité.

 

 °*° 

 

Emois.

Hier.
Il a suffi qu'il prenne mes bras, les serre dans mon dos, se colle à mes fesses, avec une étincelle dans son regard... Puis des mots à peine chuchotés... M'attacher, re tenter le bondage, allusion à la complicité, aux retrouvailles... Il a suffi de quelques secondes pour que mon ventre prenne feu, que mon esprit s'emballe et que la flamme soit bien là, lumineuse. Aucun acte, mais des pensées, déjà...
 

 

« Une cohabitation neutre, par lassitude ? » ai-je écrit plus haut.
Pourtant, l'amour est là... je le sens. Non dit, mais des particules volent dans l'air, doucement.

 

Il faudrait du soleil pour les faire briller.

 

     

(1) Plus de détails sur ce livre ICI.

   

Mer 13 oct 2010 7 commentaires
ouvrez les fenêtres pour le faire entrer ... la jalousie est souvent un réactif puissant Simpère a raison
F - le 13/10/2010 à 18h49

Jalousie...

 

Pour qu'il soit jaloux, il faudrait que j'aie des sentiments pour un autre.

Et je ne veux pas m'aventurer sur ce chemin là, trop dangereux. Pourtant, j'aurais besoin plus de tendresse que d'une partie de jambes en l'air, au fond... Mais j'aurais peur de chercher l'affection, chez un autre, d'aimer, de me leurrer, d'imaginer que ce "lui" pourrait m'apporter ce que je ne trouve pas actuellement.

Il faut être sûr qu'on ne prendra qu'une fois, par exemple, sans y prendre goût... Et il ne faudrait pas chercher du sexe à la place de la douceur. Ça ne comblerait pas le vide.

 

C'est une question difficile. Parfois, je me dis qu'il ne veut pas me donner de tendresse. Pas maiontenant, pour X raisons. Qu'un autre voudrait sûrement. Que je le mérite... mais au fond, c'est triste d'en arriver à penser ça.

 

Quant à une aventure juste sexuelle, ça ne ferait que légitimer son droit à coucher avec une autre, pour "égaliser". Je ne veux pas jouer à ce jeu-là. Un jeu douloureux, en fin de compte. Je ne peux accepter que si notre vie de couple est épanouie, sexuellement. Si c'est un plus, pas si ça remplace ce qui devrait être entre nous...   

Ombres & Caresses
Touchant. Je crois que les non-dits sont ce qui peut exister de pire au sein d'un couple. Nous attendons le billet disant que les non-dits ont disparu et que la troisième note de la petite musique du bonheur sonne à nouveau juste.
"Il" des Mots d'émoi - le 13/10/2010 à 19h00

Il est musicien, et j'aime la musique. Sa musique, encore plus. Espérons que nous y arriverons. :)

Ombres & Caresses
Comme cette absence doit être terrible. J'ai du mal a imaginer ce que ce doit être d'être a cote et pourtant si loin de l'amant. Une torture. Et comme doit être fabuleuse la délivrance, la jouissance absolue de retrouver le contact, les effleurements, les caresses.
Arnaud - le 13/10/2010 à 20h04

Je trouve ce manque souligné par la présence physique, plus dur que l'absence réelle de la personne.

Quand il n'est pas là, il n'est pas là. Quand il est absent malgré son corps près de moi, ça peut devenir une discrète torture.

 

La délivrance est fabuleuse, aux débuts. A rejouer, ça devient maladroit, rempli de doutes, de tristesses, mêlés au bonheur des retrouvailles, aux sens exacerbés. On n'arrive plus à retrouver l'insouciance, à ne se concentrer que sur le plaisir. Les questions restent en toile de fond...

Ombres & Caresses
Les désirs inassouvis et la frustration que cela engendre est une problématique assez complexe, car il ne suffit pas d'un ou une autre pour satisfaire nos besoins.
Il s'agit souvent de ce lui ou elle que nous pourrions évoquer toi et moi !
Je suis assez impressionné par ce fil sur lequel tu demeures en équilibre sans jamais chuter du bon côté, ou même du mauvais ...
Tu sembles si proche à chaque instant de ce qui pourrait tout simplement te combler !
Belle plume que la tienne, qui arrive à dégager tes impressions sur ce qui s'avère être assez flou ...
Philo - le 13/10/2010 à 20h21

Proche de ce qui pourrait me combler, oui... Je prends, les petits bonheurs, qui font le grand.

Mais effleurer sans arriver à attraper, est aussi frustrant !

 

"Belle plume que la tienne, qui arrive à dégager tes impressions sur ce qui s'avère être assez flou" :

 j'y arrive ? Je ne sais pas trop. Si, au fil des jours, ça se précise doucement...

 

Le désir devrait être un "plus", pas un manque. Actuellement, il est synonyme de manque, pour moi...

Ombres & Caresses
"Je dois malgré moi éclabousser le monde de phéromones". Certes, au point qu'elles transpirent même dans vos mots. Et qu'elles induisent de bien étranges sensations, à votre égard, mais à son encontre aussi. Même si nous n'avons que vos mots et non les siens. Si seulement il pouvait y avoir les siens. Ne serait-ce qu'une douce incantation pour faire revenir le soleil.
Ptilopsis - le 13/10/2010 à 21h17

Cette image est venue toute seule dans mon esprit, claire, nette. Certains mots sont arrivés tout seuls. Ceux-là en font partie. Je marchais dans les feuilles mortes, le matin, perdue dans mes pensées. :)

Songer dans le froid a des côtés positifs. :)

 

Ses mots à lui...

Il me désire moins (voire "pas") pour de multiples raisons. Je ne suis pas à l'origine de toutes (fatigue, stress, boulot...) et il a tendance à ne voir dans mon désir que la recherche du plaisir physique. Or, ce n'est pas ça que je veux.

Il va penser que je ne viens plus vers lui, alors que je le fais. Mais il est "ailleurs", donc ne le voit pas. Trop subtile ? Si je le suis moins, on revient à la problématique du dessus...

 

Mais c'est vrai aussi que pour me protéger, je prends de la distance. Ça ne veut pas dire que j'oublie mon désir de lui.

Ombres & Caresses
je ne peux t'offrir que quelques tendres baisers et pensées pendant cette "absence", je t'envoie les rayons de soleil de mon coeur en espérant qu'il eclaire un peu ton ciel ! courage ma jolie ! l'amant reviendra car l'aimant est là !
elle - le 13/10/2010 à 23h19

Je prends, les rayons de soleil ! :) Ça réchauffe, au milieu des feuilles mortes...

Et je vais tâcher de trouver des aimants, en attendant l'amant...

Ombres & Caresses
Un texte troublant de vérité et de sensibilité. Un billet sincère, dont on ne ressort pas indemne... Je n'ai malheureusement pas de solution, mais je voulais juste vous dire que je comprends votre ressenti...

Vous écrivez merveilleusement.
Ange solaire - le 14/10/2010 à 02h22

Bonjour, et bienvenue. :)

Merci beaucoup pour ce compliment, que je peux vous retourner. J'aime beaucoup votre blog (et l'ai mis dans mes favoris)...

 

La solution, je crois, se trouve par bribes, au fil du temps, des réflexions et des patiences...

Ombres & Caresses